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Quand l’orignal devient une menace pour l’érable à sucre

1 novembre 2016


Depuis l’ouverture du parc national du Fjord-du-Saguenay, l’érable à sucre perd du terrain dans la vallée de la rivière Éternité. Au banc des accusés : l’orignal! C’est du moins les conclusions d’une étude dirigée par le chercheur Rock Ouimet du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

De jeunes pousses alléchantes

L’érablière à bouleau jaune dans la vallée de la rivière Éternité est particulière du fait qu’elle n’est plus exploitée depuis la création du parc. Auparavant, les propriétaires des terrains effectuaient des coupes occasionnelles de bois, afin d’accélérer la régénérescence des érables et d’en maximiser l’exploitation. La chasse y était aussi permise. Depuis la création du parc, les érables ne sont plus exploités et la chasse est interdite. Bien que l’écosystème soit dorénavant protégé dans son intégralité, une nouvelle dynamique s’est installée. La chasse étant interdite, l’orignal gagne du terrain et effectue une pression sur les jeunes érables. C’est pourquoi on observe de nombreuses pousses au sol, ainsi que des érables matures majestueux, mais aucune classe d’arbre intermédiaire n’est présente. Les jeunes érables se font brouter par l’orignal avant même d’atteindre la maturité.

Ultimement, si l’orignal n’est pas « arrêté » par un prédateur, l’érable à sucre perdra du terrain, les individus matures finiront par mourir et ce sont d’autres espèces qui viendront établir une nouvelle succession végétale.

Figure 1. Les érablières de la vallée de la rivière Éternité se trouvent de part et d’autre de la rivière et couvre une superficie de 2.3 km2, Martin Thibeault.

Une érablière passée au peigne fin

Au Québec, le suivi intensif des stations du Réseau d’étude et de surveillance des écosystèmes forestiers (RÉSEF) a débuté en 1986, à la suite de l’observation du phénomène de dépérissement dans de nombreuses érablières. Les observations effectuées dans chacune des 31 stations du réseau ont pour objectif de caractériser les principales composantes de l’écosystème (sol – végétation — atmosphère), de suivre leur évolution et de documenter les liens fonctionnels qui existent entre elles. Chaque station est visitée tous les 5 ans. La station de Rivière-Éternité a été installée en 1989 et son dernier mesurage a été réalisé les 1er, 2 et 3 juin 2015 par Benoît Toussaint et Simon Désalliers, techniciens forestiers pour le MFFP, sous la direction du chercheur Rock Ouimet.

Les données précieuses que prennent ces chercheurs depuis plus de 25 ans représentent une source d’information très solide pour documenter les phénomènes naturels. En passant des forêts perturbées (ex. : maladies, coupes forestières, chasse, etc.) à des forêts protégées intactes, une multitude de milieux sont étudiés afin d’analyser toute une gamme de combinaisons entre le type de peuplement forestier et les perturbations. Plus précisément, voici les principales données récoltées dans les stations :

• Le taux de croissance des arbres;
• La dendrochronologie;
• La vitesse de régénérescence en fonction de plusieurs variables influençant le milieu et les perturbations présentes (ex. : orignal);
• La composition chimique du sol;
• La composition chimique des feuilles et leur surface foliaire.

Figure 2. Un technicien du MFFP fait une prise de donnée de l’échantillonnage foliaire à l’aide d’une perche télescopique, Benoit Toussaint.

À la limite de sa distribution

Les érablières du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont parmi les plus au nord du Québec. Elles se distribuent dans la région selon les limites de l’ancienne mer de Laflamme. Le long du Saguenay, de rares enclaves résiduelles d’érablière à bouleau jaune se rencontrent au fond de baies protégées, comme c’est le cas à la baie Éternité.

Des espèces méridionales comme l’athyrie fausse thélyptère (Deparia acrostichoides), la dentaire à deux feuilles (Cardamine diphylla) ou l’actée à gros pédicelles (Actaea pachypoda) atteignent leur limite nordique dans ces peuplements.

Figure 3. L’érablière de la vallée de la rivière Éternité, comme celles du Saguenay-Lac-Saint-Jean, est l’une des plus au nord du Québec, Benoit Toussaint.


Nancy Lavoie est garde-parc technicienne au parc national du Fjord-du-Saguenay.

Audrey Jobin-Piché était garde-parc technicienne au parc national du Fjord-du-Saguenay au moment d’écrire ce texte.

Yana Desautels est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Fjord-du-Saguenay. desautels.yana@sepaq.com

Photos du carrousel: Steve Deschênes et Benoit Toussaint. 


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