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Quand les exploits du castor se mesurent au savoir-faire du garde-parc

6 août 2013


Il est curieux de constater à quel point les castors contribuent résolument à l’évolution des paysages au parc national de la Pointe-Taillon. Sans minimiser les efforts et la persévérance dont ils font preuve, il faut tout de même noter que le relief plat, un drainage lent, des milieux humides à profusion et un substrat meuble favorisent ici cet animal qui ne cesse de nous étonner.

Un milieu qui a changé

La consultation de photographies aériennes du territoire datant de 1926 nous rappelle que la pointe Taillon était jadis constituée de champs agricoles sur la majeure partie de son pourtour, la partie centrale étant occupée par une immense tourbière qui est restée inchangée. Sur ces photos on aperçoit quelques cours d’eau et étangs, mais rien qui ressemble réellement à ce que nous connaissons aujourd’hui. À cette époque les habitants du village de Jeanne-d’Arc étaient bien établis sur la pointe Taillon. Les habitations et bâtiments agricoles parsemaient les rives de la péninsule et les espaces autour étaient cultivés. Le castor était peut-être présent sur la pointe Taillon à cette époque, mais le cas échéant il devait faire l’objet de piégeage.

L’abandon de la Pointe par ses habitants et la reforestation ont été des éléments qui ont certainement favorisé la présence du castor. L’examen des photographies aériennes prises au cours des décennies qui ont suivi l’abandon du village de Jeanne-d’Arc montre l’expansion de plusieurs cours d’eau. Dans certains cas la transformation est remarquable. À l’emplacement de simples canaux d’écoulement on retrouve aujourd’hui, à maints endroits, des étangs reliés les uns aux autres pour former des ensembles d’habitats aquatiques. En constatant cela, on comprend à quel point cet ingénieur de nos forêts peut modeler son environnement à ses besoins.

Cohabitation ou confrontation?

Toutefois, un autre animal entreprenant est présent au parc national. Afin de donner accès au territoire et ainsi apprécier ce milieu naturel protégé, l’humain a aménagé une piste cyclable qui ceinture la pointe Taillon. Cette piste emprunte en bonne partie l’ancien chemin du village de Jeanne-d’Arc. Le long de cette voie d’accès, il faut garder un juste équilibre entre les besoins des colonies de castors qui y sont établies et le maintien de la piste. Cet aspect du travail des gardes-parc revêt de nombreux défis. On pourrait presque affirmer qu’aux abords de cette piste cyclable les castors et les gardes-parc rivalisent d’ingéniosité; leur but respectif n’étant pas identique. En effet, le castor cherche souvent à étendre son habitat aquatique dès que les conditions sont propices tandis que le garde-parc s’assure de conserver un bon habitat pour les colonies tout en maintenant la piste cyclable en bon état. Cette tâche délicate occupe une part non négligeable du travail du garde-parc et s’accompagne de beaucoup de réflexions… accompagnées d’expérimentations visant à comprendre la « psychologie » du castor, enfin telle que nous pouvons nous la figurer.


On pourrait croire que ce défi, constamment renouvelé, fait en sorte que les deux factions font preuve d’antipathie? Ce n’est pas le cas de la part des gardes-parc toutefois. Au fil de leurs réflexions et préoccupations, on note de l’admiration devant la persévérance et l’ingéniosité de ce mammifère. Et parfois, admettons-le, s’observe un peu de découragement lorsque le travail effectué sur un barrage est complètement effacé en une nuit par le travail acharné des castors.

Au fil du temps les gardes-parc ont développé une solide expertise pour installer des structures et effectuer des aménagements aptes à satisfaire les besoins des colonies tout en gardant la piste cyclable au sec. Toutefois, l’évolution des familles de castors et la variabilité des conditions pluviométriques, notamment, modifient constamment les éléments du calcul. Gardes-parc versus castors doivent continuellement s’adapter et rivaliser d’ingéniosité pour tenter de gagner des points sur l’équipe adverse. Tout un défi ! Mais un défi passionnant dans un contexte de conservation et de mise en valeur d’un territoire protégé.


Domique Crépin est biologiste aux parcs nationaux de la Pointe-Taillon et des Monts-Valin crepin.dominique@sepaq.com

Photos : Chuck Szmurlo (Wikimedia Commons); Parc national de la Pointe-Taillon; Rio Tinto Alcan; MRN.


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