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Impact des embarcations nautiques sur les populations d’oiseaux marins

16 octobre 2012


Durant l’été 2011, des biologistes du Regroupement QuébecOiseaux ont étudié l’impact des embarcations nautiques sur les populations d’oiseaux marins se reproduisant dans le parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Ces observations ont permis de conclure d’une part à la présence réelle d’un dérangement mais aussi de mettre en évidence que ce dérangement touche principalement les oiseaux au repos sur l’eau et plus particulièrement les espèces ayant une propension à se regrouper en radeaux (petit pingouin, guillemot marmette). Les résultats de cette étude viennent confirmer l’importance de poursuivre les efforts de sensibilisation auprès des opérateurs d’embarcations et les plaisanciers afin de réduire au minimum ce dérangement.

Un site exceptionnel

Chaque été, plus de 160 000 oiseaux marins viennent se reproduire au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Cela fait du parc le plus important site de nidification d’oiseaux marins au Québec, ainsi qu’un attrait touristique majeur de la Gaspésie.

Chaque année, plus de 100 000 personnes visitent le parc à bord d’une embarcation marine. En haute saison, il peut y avoir plus de 3 bateaux de croisière qui circulent autour du rocher Percé et de l’île Bonaventure à chaque heure, sans compter les zodiacs de plongée sous-marine, les kayaks de mer ainsi que les embarcations privées. Face à cette intense circulation nautique aux abords d’un important site de nidification, le Regroupement QuébecOiseaux, en collaboration avec le parc, a initié une étude durant l’été 2011 afin de documenter cette situation.

Sensibles, les oiseaux marins?

Les oiseaux marins vivent longtemps mais possèdent un faible taux de reproduction. Plusieurs de ces espèces ne pondent d’ailleurs qu’un seul œuf par année. Leurs réactions face aux activités humaines peuvent varier et avoir des conséquences plus ou moins notables si l’oiseau est en période de nidification : changements de comportements, augmentation du rythme cardiaque, abandon temporaire du site de nidification, présence réduite des adultes au nid, perte d’œuf ou de poussin, etc. Si ce dérangement est continuel, il pourrait nuire à la survie des oiseaux ou mener à long terme à une diminution du taux de reproduction et même à un abandon du site de nidification.

Des biologistes au pied marin

Les biologistes du Regroupement QuébecOiseaux ont mené leur étude sur le terrain de juin à août 2011 (Melançon et Cournoyer, 2012). Pour ce faire, ils ont d’abord évalué le comportement normal des oiseaux en absence d’embarcations à partir de sites d’observation terrestres, puis l’ont comparé au comportement observé en présence de différents types d’embarcations (bateaux de croisière, zodiacs, kayaks et homardiers). Ceci a ainsi permis de documenter chaque source de dérangement afin de produire ensuite des recommandations au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Les espèces les plus souvent observées étaient le fou de Bassan, le guillemot marmette, le petit pingouin et la mouette tridactyle. Étaient également observés dans une moindre mesure le guillemot à miroir, le cormoran à aigrettes, le grand cormoran, le goéland marin et le goéland argenté.

La mer : un site de repos pas si reposant

Les biologistes ont ainsi observé que la présence d’une embarcation à proximité d’oiseaux marins posés sur l’eau occasionne un dérangement sur ceux-ci, particulièrement lorsque la distance est faible (moins de 35 mètres). De plus, ils ont observé que les oiseaux sur l’eau sont plus susceptibles de s’envoler à l’approche d’une embarcation que ceux qui sont sur les falaises ou les rochers. Les grandes masses d’oiseaux au repos sur l’eau (formant ce que l’on nomme des « radeaux ») sont ainsi particulièrement sensibles au passage des embarcations. Les alcidés (guillemots marmette et petits pingouins) qui ont cette tendance à former des radeaux sont donc les plus vulnérables aux passages fréquents des embarcations. Ces fuites répétées leur font dépenser beaucoup d’énergie inutilement alors qu’ils pourraient l’utiliser pour s’alimenter, se reposer, se toiletter ou encore se courtiser.

Par leur circulation plus fréquente, les bateaux de croisière sont ceux qui occasionnent le plus de dérangement des oiseaux marins. Cependant, tous les autres types d’embarcations ont également un impact sur les oiseaux, et ce malgré leur circulation moins fréquente. Le dérangement est accentué par une vitesse élevée et une approche directe (en ligne droite).

À l’abri sur les falaises?

Le dérangement dans les falaises du rocher Percé et de l’île Bonaventure est moins élevé que sur l’eau. Selon l’étude, ce sont les petites embarcations, comme les kayaks de mer et les zodiacs de plongeurs, qui causent le plus de dérangement des oiseaux dans les falaises. En effet, les kayakistes peuvent s’approcher plus près des falaises que les autres types d’embarcations et leur approche silencieuse peut provoquer la surprise chez les oiseaux. Quant aux plongeurs, cela s’explique probablement par le fait que les sites de plongée sont souvent situés très près des falaises.

De bonnes pratiques sur l’eau et de la sensibilisation

Depuis 2010, le parc national s’est doté d’un code de conduite pour les embarcations fréquentant la bande marine de 100 mètres qui ceinture l’île Bonaventure. Cette étude met en évidence l’importance de poursuivre les efforts de sensibilisation auprès des utilisateurs du secteur marin du parc afin de minimiser leur impact sur les oiseaux marins. Les auteurs de l’étude proposent l’adoption de trois comportements simples pouvant permettre de réduire significativement l’impact sur les oiseaux marins :

  1. Tenter le plus possible de contourner les radeaux d’oiseaux marins;
  2. Diminuer la vitesse de l’embarcation à 10 km/h ou moins à l’approche des radeaux;
  3. Approcher les radeaux d’oiseaux à angle plutôt qu’en ligne droite.

Les résultats de cette étude nous aideront donc à mieux orienter nos actions de gestion et de sensibilisation, essentielles au maintien des populations d’oiseaux marins qui font du parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé un endroit unique au Québec pour l’observation ornithologique.

Référence : 2012. Melançon, D. et M. Cournoyer. Rapport final : Étude sur le dérangement causé par les embarcations sur les oiseaux marins du parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Regroupement QuébecOiseaux, 57 p.


Josiane Côté, garde-parc technicienne en milieu naturel au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé.

Mélanie Sabourin, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, sabourin.melanie@sepaq.com.

Photos : John Chardine, Jean-François Rail et Mélanie Sabourin.


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