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Il est frais mon poisson!

28 juillet 2015


Poissons pourris ou poissons petits? Une publication récente vient tout juste d’éclaircir un mystère vieux de 80 ans concernant la nature exacte des scauménelles, ces minuscules formes fossiles qui pullulent littéralement dans les roches de Miguasha.

Poissons pourris?

Les scauménelles sont des fossiles que l’on retrouve par milliers dans certains niveaux de la falaise fossilifère du parc. Ayant l’apparence de petites baguettes noirâtres de quelques millimètres de longueur, ces structures connues des paléontologues depuis près d’un siècle ont fait l’objet de nombreuses interprétations au fil du temps.

Figure 1 Échantillon d’un lit de scauménelles. Chaque petite ligne noire à la surface représente un individu.

Ainsi, les scauménelles ont d’abord été présentés comme les restes d’un vertébré ou d’un chordé primitif, voire comme des formes larvaires de vertébrés anciens. Puis, une étude menée en 1985 avait conclu que ces fossiles correspondaient plutôt à des restes décomposés d’acanthodiens, ces poissons à épines communs dans la falaise de Miguasha. C’est cette vision de poissons mal préservés qui a persisté jusqu’à ce que Marion Chevrinais, doctorante en biologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) se penche sur ces formes énigmatiques dans un article récent.

Des immatures par milliers!

Sous la supervision de ses directeurs de recherche, le paléontologue Richard Cloutier de l’UQAR et le Dr. Jean-Yves Sire de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris, l’étudiante s’est attelée à l’observation minutieuse de 188 spécimens de scauménelles de tailles variées. Ses observations ont d’abord confirmé ce qui avait été compris il y a 30 ans : les scauménelles correspondent bel et bien à des spécimens du petit acanthodien Triazeugacanthus affinis. Cependant, plutôt qu’être des formes dégradées, mal préservées, de cette espèce, les scauménelles correspondent à la préservation exceptionnelle de T. affinis immatures très fragiles! En effet, l’étude a permis de découvrir pour la première fois que la présence des caractères anatomiques (ex : épines, éléments osseux, étendue du couvert d’écailles) et leurs dimensions sont corrélées à la taille des individus.

Figure 2 Changements anatomiques au fil de la croissance chez Triazeugacanthus affinis. Notez chez le juvénile le couvert d’écailles présent uniquement sur la moitié arrière de l’animal.

Par exemple, un scauménelle de grande taille, donc plus âgé, présente plus de structures anatomiques et celles-ci sont de plus grandes dimensions que ce qui est observé sur un scauménelle plus petit. Le couvert d’écaille, lui, se développe d’abord à l’arrière des scauménelles et progresse vers l’avant au fil du développement. Ce patron systématique s’explique bien par un modèle ontogénétique d’apparition progressive et programmée de caractères en développement durant la croissance de T. affinis plutôt que par une dégradation de ces éléments anatomiques qui devrait se faire de façon plus ou moins aléatoire.

Cet article vient donc confirmer le caractère exceptionnel du site de Miguasha en terme de qualité de préservation et ouvre la porte à d’autres études développementales. À suivre!

Références

Béland Pierre et Marius Arsenault. 1985. Scauménellisation de l’Acanthodii Triazeugacanthus affinis (Whiteaves) de la formation d’Escuminac (Dévonien supérieur de Miguasha, Québec) : révision du Scaumenella mesacanthi Graham-Smith. Canadian Journal of Earth Science 22, 514-524.

Chevrinais, Marion, Cloutier Richard et Jean-Yves Sire. 2015. The revival of a so-called rotten fish: the ontogeny of the Devonian acanthodian Triazeugacanthus. Biology Letters 11, 20140950


Olivier Matton est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Miguasha. matton.olivier@sepaq.com

Photos: Marion Chevrinais et Olivier Matton.

Illustration: François Miville-Deschênes.


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