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Salamandres à points bleus ou hybrides?

23 septembre 2014


Avec sa peau humide et dépourvue d’écailles, la salamandre à points bleus appartient à la classe des amphibiens, au même titre que les grenouilles. Cette espèce fait l’objet de travaux de recherche visant à documenter la répartition et l’abondance des hybrides avec la salamandre de Jefferson, une espèce très semblable et plus méridionale.

Salamandre annonciatrice du printemps

Le parc national de la Yamaska compte 16 espèces de la classe des amphibiens sur les 21 que compte le Québec. De ce groupe bien répertorié, 7 espèces appartiennent à la sous-classe des Urodèles (tritons et salamandres). Ce sont des animaux souvent discrets et par conséquent difficiles à observer et méconnus. C’est le cas de la salamandre à points bleus (Ambystoma laterale). En plus d’être nocturne, cette espèce fait partie des salamandres dites « fouisseuses » puisqu’elle passe le plus clair de son temps sous la litière de feuilles ou le bois mort qui jonche le parterre forestier. On peut parfois l’observer lors des soirées pluvieuses.

Toutefois, c’est surtout en période de reproduction, lors de la migration printanière vers les étangs forestiers et les mares temporaires, que l’espèce peut davantage être observée et étudiée. Cette espèce entame très tôt sa migration vers les étangs de reproduction. Bien qu'étant un animal à sang froid, elle n'hésite pas à traverser des plaques de neige résiduelle. On peut voir des salamandres se reproduire dans des étangs où il reste encore quelques plaques de glace en surface. La température très froide de l'eau garantie une grande concentration d'oxygène, habituellement suffisante pour que la salamandre puisse rester longtemps sans respirer par ses poumons. L'oxygène diffuse directement dans son sang par la peau, qui est perméable et très vascularisée.

Le mode de reproduction des salamandres est particulier. Après sa cour, le mâle dépose de petits amoncellements de sperme dans le fond de l'étang: des spermatophores. Si elle est réceptive, la femelle passe derrière le mâle pour s'emparer d'un spermatophore avec son cloaque (orifice des systèmes reproducteur, digestif et urinaire). La femelle peut ainsi utiliser le sperme de plusieurs mâles pour fertiliser ses œufs.

Bien que cette cour soit subtile et se déroule habituellement la nuit, le randonneur attentif peut toutefois en observer le résultat. Les salamandres femelles laissent de nombreuses masses d'œufs bien visibles dans les étangs. Les œufs de la salamandre à points bleus se retrouvent alors avec ceux de la grenouille des bois (Rana sylvaticus), ainsi qu’avec ceux de sa cousine à gros points jaunes, la salamandre maculée (Ambystoma maculatum).

Figure 1 Grenouille des bois                                   Figure 2 Salamandre maculée

Des clones au parc?

Au Québec, la salamandre à points bleus forme des hybrides avec une autre espèce très semblable, la salamandre de Jefferson (Ambystoma jeffersonianum), que l’on retrouve au sud de l’Ontario et dans le nord-est des États-Unis. Ces hybrides peuvent se rencontrer le long du fleuve Saint-Laurent et dans la portion méridionale de la province. Le mélange entre l’ADN de ces deux espèces empêche les hybrides de se reproduire normalement, c’est à dire via la fusion d’un spermatozoïde du mâle et d’un ovule de la femelle. Si elle veut se reproduire, la femelle hybride doit donc produire des œufs non réduits, c'est-à-dire qui ont le bon nombre de chromosomes dès le départ et qui peuvent se passer de l'ADN du mâle. Comme les mâles ne contribuent pas au matériel génétique des œufs, les descendants seront tous génétiquement identiques à leur mère (des clones) et, par conséquent, les hybrides seront tous des femelles.

Même si elle n’incorpore pas l’ADN du spermatozoïde dans ses œufs, la femelle nécessite toutefois un spermatozoïde pour enclencher la division de l’œuf. Les mâles hybrides sont rares puisque le clonage engendre systématiquement des descendants du même sexe que leur mère. Les mâles hybrides résultent d’une anomalie génétique peu fréquente et sont stériles. Pour enclencher la division de leurs œufs, les femelles doivent « parasiter » le sperme d’une espèce « pure » qui se reproduit normalement et comprend des mâles. De leur point de vue, ces mâles produisent donc du sperme inutile, puisque l’ADN ne sera pas transmis à des descendants. Ce mode de reproduction se nomme gynogenèse. Au Québec, les hybrides utilisent le sperme de la salamandre à points bleus pour se reproduire, tandis que plus au sud, aux États-Unis, les hybrides utilisent le sperme de la salamandre de Jefferson.

Figure 3 Salamandre à points bleus

Le mois d’avril est propice à l’étude des salamandres fouisseuses puisqu’elles migrent vers les étangs forestiers temporaires pour se reproduire. Des relevés étaient en cours ce printemps au parc pour déterminer si les salamandres à points bleus qui s’y trouvent sont majoritairement des salamandres à points bleus dites « pures » ou des hybrides. En 2006, des analyses génétiques menées sur quelques spécimens prélevés avaient révélé la présence plus importante d’une variété hybride de type diploïde que de salamandres à points bleus dites « pures ». D'autres analyses permettront de mieux comprendre comment des populations de clones, exemptes de diversité génétique, peuvent s'adapter à différents habitats et climats.

L’année de la salamandre…

Les salamandres possèdent la particularité de respirer par la peau et donc d’être très sensibles aux modifications de leur milieu de vie. Leur peau très perméable absorbe facilement les contaminants retrouvés dans le sol et dans l'eau. De plus, comme les grenouilles, les salamandres dépendent d'un milieu aquatique pour leur reproduction. Elles sont à cet égard de bon indicateur de l’état de santé des écosystèmes forestiers et aquatiques. Or, plusieurs espèces sont menacées partout dans le monde et les protecteurs de l’environnement ont désigné 2014 comme l’année de la salamandre. Une menace importante à laquelle les salamandres font face est la perte d'habitats. Les forêts matures et les milieux humides sont des écosystèmes fragiles qui mettent du temps à se rétablir une fois perturbés.

Figure 4 Étang forestier

Le parc national de la Yamaska possède des étangs et habitats forestiers matures reconnus pour abriter trois espèces à statut précaire : la salamandre pourpre (Gyrinophilus porphyriticus porphyriticus), désignée vulnérable au Québec, la salamandre à quatre orteils (Hemidactylium scutatum) et la salamandre sombre du Nord (Desmognathus fuscus), toutes deux susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables.


France Beauregard est étudiante à la maîtrise en sciences biologiques à l'Université de Montréal.
Alain Mochon est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de la Yamaska. mochon.alain@sepaq.com

Photos: France Beauregard et Alain Mochon.


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